Contrôle des actes

Publié par Salvatore Scire le

Le contrôle des actes est le premier pas à faire dans la rééducation du cerveau, c’est le moyen le plus simple, qui peut sembler au premier abord souvent puéril, mais qui donne quand même des résultats très appréciables.

Si l’on examine la façon dont sont exécutés les actes de la vie normale chez les psychasthéniques, on est frappé de suite par leur manque de netteté, par leur peu de précision. On sent, la plupart du temps, que leur pensée est ailleurs ou qu’ils ne peuvent suivre la pensée, l’acte, durant son développement. Presque toujours le début est mou, on sent qu’il manque une impulsion déterminée.

Prenons un exemple. Un psychasthénique veut aller chercher un objet dans sa chambre. Une fois entré, le plus souvent il ne sait plus ce qu’il est venu y faire ; si l’objet se trouve dans un tiroir fermé à clé et qu’il le prenne, a peine sortie il ne saura si le tiroir est vraiment refermé à clé, s’il a refermé sa porte, etc.

Tous les actes accomplis auront été faits dans un état semi-conscient, sans intention, sans volonté déterminée ; il n’a pu suivre l’idée primitive qui était de chercher tel ou tel objet.

On conçoit tous les inconvénients qui peuvent en résulter au point de vue de la vie pratique ; en plus, tous ces actes faits à moitié consciemment ont une répercussion cérébrale ; l’esprit se fatigue à rechercher ce qu’il a fait ; cette incertitude constante trouble le malade et l’aide à perdre sa confiance en lui-même.

Nous ne demanderons pas au malade de contrôler tous les actes qu’il accomplit dans la journée, ce qui serait impossible, mais de faire, chaque heure, un certain nombre d’actes déterminés. Cette répétition constante d’actes contrôlés détermine chez le malade, en un temps relativement court, une certaine habitude cérébrale qui lui sera de toute utilité.

Avant de procéder à la rééducation des actes, il s’agit avant tout de bien comprendre ce que nous demandons au malade.

L’acte contrôlé doit être “conscient”, c’est-à-dire que le malade doit être durant l’acte absolument présent à ce qu’il fait, cette conscience exacte doit empêcher toute distraction, voilà le premier point.

Le second point important est le suivant : dans l’acte conscient, le cerveau doit être uniquement réceptif ; donc sa fonction consiste à enregistrer d’une façon précise l’acte qui s’accomplit ; le cerveau doit “sentir” l’acte, non le penser. Cette différence entre sentir et penser sépare nettement l’acte conscient de toute concentration ; la pensée est émissive, la conscience réceptive.

Cette réceptivité devenant exacte permet aux sens de la vie de relation de donner des impressions justes et non déformées comme elles le sont si souvent chez le malade. Ce dernier doit donc prendre l’habitude de bien voir ce qu’il regarde, de bien écouter ce qu’il entend, de bien sentir ce qu’il fait.

Voici la façon de procéder :

Vue. — La vue devient consciente si on laisse simplement pénétrer dans l’œil les vibrations de l’objet que l’on regarde. Il faut avoir l’impression qu’on absorbe l’objet sans effort, sans fixation intempestive. Ce n’est pas une recherche de détails ; la conscience doit donner un effet d’ensemble qui devient très net avec un peu d’habitude.

Ouïe — Pour l’ouïe, mêmes remarques ; il faut aussi se laisser pénétrer par le son qu’on écoute. Il faut apprendre a ouvrir ses oreilles sans attention forcée. On peut un instant suivre le tic-tac d’une montre, le bruit d’un tramway en marche. La perception des sons faite de cette façon rend l’ouïe moins irritable, car tout bruit, même désagréable pour le malade, devient indifférent s’il est écouté consciemment. Ce simple procédé réussit fort bien dans la phobie du bruit.

Toucher. — La première sensation perçue sera la plus consciente, que ce soit le froid ou le chaud, la dureté ou la mollesse. L’objet présenté au malade ne doit pas être analysé, le patient n’a qu’à percevoir ce qui le frappe au début. Les autres sens (goût, olfaction) sont traités de la même façon.

Contrôle du mouvement. — Tout acte devient conscient si le mouvement est perçu dans sa totalité. Par exemple, pour fermer un tiroir a clef, il faut, dans ce cas, se rendre compte qu’en tournant la clef, celle-ci est au bout de sa course ; si vous mettez une pièce dans votre porte- monnaie, que vous sachiez qu’elle y est réellement. La conscience vraie exclut toute incertitude : elle sait que le tiroir est fermé a clef, que votre porte-monnaie contient réellement la pièce de monnaie. La pensée seule, sans conscience, laisse toujours la porte ouverte au doute et a ses conséquences. Il est inutile dans la rééducation de la conscience de chercher des actes compliqués ; les meilleurs sont les actes habituels, ceux que l’on fait le plus fréquemment. On obtient ainsi des coups de frein répétés qui arrêtent un instant toute pensée et mettent de ce fait le cerveau au calme et au repos.

Marche. — Elle mérite une mention spéciale, car elle permet à la conscience une application fréquente, malgré la complexité de ses mouvements. L’impression générale de la marche consciente est surtout une sensation de souplesse et de sûreté ; elle ne se dégage que lorsque la coordination des différentes sensations s’est faite dans le cerveau. Pour arriver à la déterminer, il faut procéder par étapes successives. On cherche d’abord à percevoir la sensation du pied qui se pose sur le sol, puis le mouvement de la jambe et enfin celui du corps tout entier. Il faut encore que le rythme respiratoire s’adapte au mouvement et ne pas oublier que la vue et l’ouïe doivent y participer. La marche ainsi pratiquée a le pouvoir de défatiguer, comme elle fait disparaître certains vertiges. On l’applique avec succès dans l’agoraphobie.

(Dr R. Vittoz – « Traitement des psychonévroses
par la rééducation du contrôle cérébral »– pag. 67-71 – Editions Téqui)