Accepter les « exercices » et les actes conscients

Publié par Salvatore Scire le

[Scirè Salvatore] J’ai eu un cas d’une patiente qui refuse de faire les exercices et en particulier les exercices d’actes conscients.

Son objection est qu’il ne veut pas quitter ses habitudes de penser, d’imaginer, de rêver, et aussi de dériver d’une idée à l’autre, d’une image à l’autre, qu’il trouve tout cela très bien. Elle pense que en faisant des choses comme « actes conscients » elle est une sorte d’automate et va perdre ainsi une partie importante d’être adulte, sa « pensée » surtout et la capacité de faire plusieurs choses à la fois !

Est-ce bien cela ?

[Christine Norguet] La « question » est une vraie question et la réflexion de l’élève est intéressante!
Je vais tâcher d’ être brève et claire.
Je pense que nous avons tous des élèves qui ont « leurs préférences » parmi les exercices que nous leur proposons.
Derrière ces préférences peuvent se cacher des résistances inconscientes: des peurs, des doutes, justifiés par des raisonnements bien cérébraux des difficultés à lâcher prise.
Je te redonne cette citation: « renoncer à des conceptions intellectuelles qui nous sont chères pour se lancer dans une nouveauté suspecte à la raison, c’ est admettre que rien n’ est trop petit pour servir le plus grand».
Avoue qu’ avant de pouvoir en convenir il nous a fallu à nous aussi faire du chemin!
Peut-être aussi que l’élève est plus « curieuse » de Vittoz et désireuse qu’ on s’ occupe d’ elle, que désireuse d’ aller mieux et n’ en a pas encore pris conscience ( et pour cause!).
Peut-être aussi  se fabrique t- elle sans en avoir conscience, des arguments censés la protéger, d’ un grand pas en avant.
Quoiqu’ il en soit  si tu  accueilles cette personne depuis peu, je pense qu’ il faut lui laisser le temps de l’apprivoisement bien normal et éviter de revenir sur les réticences dont tu parles (affaire de patience, d’ adaptation et de souplesse pour le praticien).
En même temps, au fil des premières séances, essaie de sentir si les vibrations évoluent car malgré elle il peut se passer de bonnes choses!…. Jusqu’à un certain point ; alors peut-être bien que c’ est elle même qui te dira sous peu si elle veut poursuivre la cure ou non, sans être pleinement consciente encore de sa propre avancée, et si elle est sincère dans sa démarche, alors elle arrêtera – la peur de changer- ou continuera.
Comme tu le vois je mets beaucoup de -peut-être- !!

[Scirè Salvatore] De ma part, je soumets deux textes de réflexion sur le sujet.


La réceptivité, ou se mettre en état réceptif

Précisons par un exemple recueilli ces jours derniers. Chez des amis je rencontre une femme nerveuse que je connais ; sa vie est faite de tourments. Elle me demande mon avis sur son état cérébral, je le lui donne grande agitation, un peu de tension, émotion. Il reste convenu qu’un de ces après-midi d’été j’irai la voir dans sa propriété et que je lui donnerai quelques principes Vittoz pour l’aider à calmer son cerveau « en ébullition », comme elle le dit. J’y vais donc. Vieux manoir si simple qui évoque tout un passé. Autour, de grands cèdres séculaires. Nous nous asseyons sous leur ombre. C’est là, me dit-elle, que je me repose en regardant cette vieille maison. À ce moment, en effet, son cerveau est calme, simple, plus de tension, plus d’émotion à l’état continu. Un étonnement vous saisit ? Personnellement vous vous sentez incapable d’un pareil repos et, de plus, vous vous demandez comment une telle puissance de repos ne crée pas chez cette nerveuse un état habituel meilleur ?  

Cette personne n’est pas une malade, mais une sensible qui réagit, comme elle le peut, devant les difficultés de la vie, donc quelqu’un capable de repos devant un spectacle qui y invite.  Ensuite, devant son vieux manoir, cette femme ne faisait pas de la réceptivité, comme nous l’avons définie, et ceci est très important pour ce que je veux vous dire, mais elle pensait avec calme, détente, simplicité, soit à tout ce passé de vie honnête, paisible, qu’évoquait le vieux manoir, soit à autre chose, son état cérébral l’indiquait nettement.

Donc elle apaisait son moral par des pensées reposantes, mais elle ne renouvelait pas ses forces en apportant à son esprit ces éléments nouveaux de travail que sont les sensations exactes. La confirmation de cela ? Son état cérébral révélait un manque de concentration et de force, de la distraction, un calme malgré tout instable qu’une émotion fugitive troublait de temps à autre. Je lui disais alors : vous devez être pourtant le jouet d’une lettre ennuyeuse, même apportée sous ces cèdres tandis que vous jouissez du grand calme qui vous environne, le jouet de n’importe quel petit ennui dont l’existence est pleine ? C’est bien cela, me dit-elle.

Je lui expliquais, aussi étonnant, que cela puisse vous paraître, qu’elle devait s’exercer à voir le manoir et les cèdres sans penser, sans jouir, puisqu’en la circonstance il ne s’agissait pour elle que de jouissance, à voir simplement la masse vert foncé des branches de cèdres, sans penser qu’elles se penchent puissamment vers nous, le balcon avec ses planches de bois qui fait le tour de la maison et ses consoles simples en fer forgé, sans goûter ce qu’il y a d’art dans cette rampe si fine et dans ces consoles.

Si elle s’appliquait, lui ai-je dit, à « voir » sans penser, cet apport de sensations exactes lui procurerait certainement moins de joie momentanée, de repos immédiat, plus exactement d’apparence de repos, mais le résultat de cet apport d’images dépouillées le plus possible d’idées sera une augmentation de force vitale, parce qu’un accroissement du contrôle cérébral. Toute la Méthode Vittoz repose, en effet, sur le traitement des troubles psychiques par la rééducation du contrôle cérébral. Le contrôle est cette faculté de l’esprit qui exerce son action tantôt régulatrice, tantôt régénératrice ou éliminatrice, sur les sensations, les idées, les actes. À propos des sensations le contrôle cérébral les conserve à l’état où elles sont reçues à l’origine, sans déformation, sans interprétation, c’est ce que nous venons de voir A propos des idées ou des sentiments, le contrôle les élimine ou les maintient dans une forme telle, que non seulement ils ne nuisent pas, mais encore qu’ils servent à, notre activité, et cela dans le sens où la santé, le bon sens, la sagesse, la vertu, si nous sommes sains, sensés, sages, vertueux, orientent notre vie. Le contrôle, selon le terrain où il s’exerce, est un instinct de conservation ou une vertu naturelle ; instinct de conservation, sinon de la vie, au moins d’un certain équilibre et bien-être sans lesquels la vie devient pénible et engendre les maladies psychiques dont nous nous occupons qui ne sont justement que des maladies du contrôle ; vertu naturelle qui faisait dire à Vittoz. – « Le contrôle est un instrument de perfectionnement indéfini ».

(A. Junod, Pour les nerveux, Ed. Téqui, pag. 20-25)


En quoi consistent les « exercices » ?

Il s’agit en tout premier lieu de réapprendre à voir, à entendre, à sentir ce que l’on touche et ce que l’on fait, ses gestes, ses mouvements. Nos yeux, nos oreilles, notre nez, notre peau sont les organes essentiels de la réceptivité, ils nous mettent en contact avec notre environnement matériel immédiat ; ils sont comme les portes d’entrée pour toutes les informations venant de l’ extérieur, directement reliées au centre de la conscience, le cerveau, par ces « autoroutes de l’information » que sont les nerfs optique, auditif, olfactif et autres nerfs sensitifs. C’est là, dans le cerveau, que tout se passe : on peut avoir des yeux en bon état et être néanmoins aveugle si la zone optique du cerveau est déficiente.

Toutes informations venant de l’extérieur produisent des impressions et des sensations dans le cerveau ; celles-ci sont presque simultanément traitées et stockées dans d’autres régions du cerveau par nos facultés dites supérieures : analyse, synthèse, réflexion, élaboration de la pensée, mémoire… Le cerveau est l’ordinateur central, le centre de notre système nerveux, le siège de la conscience, de l’intelligence et des facultés intellectuelles, le siège de nos sensations ; il est siège aussi des mécanismes qui gouvernent nos décisions passages à l’acte ; en ce sens on peut dire qu’il est récepteur et émetteur. Il est prodigieux par sa complexité et son travail… C’est en tout premier lieu un ORGANE et comme tout organe, il a son fonctionnement propre et celui-ci peut être défaillant et provoquer toutes sortes de troubles du système nerveux. Il est constitué de neurones qui se connectent entre eux en réseaux selon l’activité en cours. Ces connections et ces réseaux complexes assurent le bon fonctionnement du cerveau. Ils se mettent en place dès la naissance et se développent avec rapidité dans cette période cruciale qu’est la petite enfance. Ils sont ensuite mis à mal par les mauvaises habitudes cérébrales contractées lors des multiplies apprentissages ou par un environnement peu stimulant, ou suite à des chocs émotionnels, etc. Par exemple, chez celui qui « ne voit rien, n’entend rien, ne sent rien » parce qu’il est absorbé dans ses penses ou perdu dans son rêve, des zones entières de son cerveau (plus particulièrement du cortex) ne sont plus stimulées et actives comme elles devraient l’être ; il finit par se produire un déséquilibre nerveux pouvant aller jusqu’à la dépression.

On peut comprendre dès lors que la simple rééducation de la réceptivité par les cinq sens, base de la Méthode, a forcément un effet stimulant sur le cerveau et contribue ainsi à rééquilibrer le système nerveux défaillant. Notre cerveau est fait pour bien fonctionner, il est programmé pour accueillir toutes les impressions que nous procure le monde extérieur, ce qui est, on le devine déjà en théorie, une voie pour s’ancrer dans le réel et pour retrouver le goût de vivre. C’est ce que la pratique va confirmer. Notre cerveau est programmé pour nous faire aimer la vie. C’est sans doute ce qui faisait dire au Dr Vittoz : « La réceptivité, c’est tout ! ».

Réceptivité, concentration et volonté : ce sont les trois piliers de la Méthode ; ils en définissent aussi la progression. Je désirais ardemment cette volonté dont je me croyais dépourvue, pour ne plus être passive, pour être enfin libre et active dans ce monde. Or le Docteur Vittoz affirme que la volonté est « l’épanouissement d’une énergie qui est en nous », qu’elle n’est pas une tension, un effort. Elle est « la sensation exacte des choses extérieures, puis des rapports des choses avec nous ». Elle s ‘ appuie donc sur la réceptivité. Pas d’effort ! Ni de « il faut que » aussi inutiles que décourageants !

(Christiane Zéphir, Mon expérience de Vittoz, Ed. Téqui, pag 15-17)

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